Mardi Gras est la dernière grande bouffe avant le Carême. Pendant des siècles, ce jour marquait la fin des provisions hivernales de viande, de beurre et d'oeufs. On faisait sauter des crêpes, frire des beignets, défiler masqué. Aujourd'hui, même sans la contrainte religieuse du Carême, Mardi Gras reste vivace dans les carnavals de rue, dans les écoles et dans les cuisines.

Mardi Gras en 2026, 2027 et 2028

Mardi Gras est une date mobile : il tombe toujours 47 jours avant Pâques, soit le mardi qui précède immédiatement le Mercredi des Cendres (premier jour du Carême). Comme Pâques varie entre le 22 mars et le 25 avril, Mardi Gras peut tomber entre le 3 février et le 9 mars selon les années.

AnnéeMardi GrasMercredi des CendresPâques
2026 17 février 2026 18 février 2026 5 avril 2026
2027 9 février 2027 10 février 2027 28 mars 2027
2028 29 février 2028 1 mars 2028 16 avril 2028

Comment calculer la date de Mardi Gras ?

La formule est simple : Mardi Gras = Pâques moins 47 jours. Or Pâques est lui-même calculé selon la règle établie au concile de Nicée en 325 : premier dimanche après la première pleine lune suivant le 21 mars. Résultat : la date de Mardi Gras change chaque année et ne peut pas être mémorisée. Le seul moyen fiable est de partir de Pâques et de retrancher 47 jours.

Pourquoi "Mardi Gras" ? Histoire et origines du Carnaval

L'étymologie du nom

"Mardi Gras" est une expression littérale : c'est le mardi où l'on fait gras. Dans la France médiévale et moderne, "faire gras" signifiait consommer des aliments riches interdits pendant le Carême : viande, lard, beurre, oeufs. Le Carême étant un jeûne de 40 jours, les ménages utilisaient leurs dernières réserves de ces aliments le mardi qui le précédait. Les crêpes, beignets et gaufres permettaient d'écouler en une seule fournée festive les stocks d'oeufs, de beurre et de farine.

Le Carnaval médiéval : une soupape sociale

Le Carnaval (dont Mardi Gras est le point culminant) s'étend entre l'Épiphanie (6 janvier) et le Mercredi des Cendres. Son étymologie est débattue : carnem levare (enlever la viande) ou carne vale (adieu à la viande) sont les deux lectures les plus souvent citées. Dans les deux cas, le Carnaval se définissait par rapport au Carême qu'il précédait.

Au Moyen Âge, le Carnaval fonctionnait comme une soupape sociale. Pendant ces quelques jours, les hiérarchies étaient symboliquement renversées : les pauvres se moquaient des riches, les serviteurs de leurs maîtres, les hommes se déguisaient en femmes. Ces débordements temporairement tolérés avaient une fonction régulatrice : l'Église les encadrait plutôt qu'elle ne les interdisait, sachant que le Carême qui suivrait remettrait chacun à sa place.

Le masque était au coeur de cette mécanique : anonymisé, le carnavalier échappait temporairement à son statut social. La République de Venise légalisa le port du masque pour tous pendant le Carnaval au XIIIe siècle, jusqu'à plusieurs mois par an à son apogée au XVIIIe siècle.

Les beignets et spécialités sucrées de Mardi Gras

Chaque région de France a son beignet de Mardi Gras. Tous partagent la même logique : pâte enrichie en oeufs et beurre, frite dans l'huile, saupoudrée de sucre glace. Les noms et les formes changent, les savoir-faire locaux aussi.

SpécialitéRégionCaractéristiques
BugnesLyon, Rhône-AlpesPâte levée en losange ou en noeud, légères et croustillantes, parfumées au rhum ou à la fleur d'oranger
MerveillesBordeaux, GascogneFines, croustillantes, aux formes irrégulières, parfumées à l'armagnac ou à la vanille
OreillettesProvence, LanguedocTrès fines, presque translucides, parfumées à la fleur d'oranger et au zeste de citron
FritellesCorseÀ base de farine de châtaigne, parfois enrichies de brousse ou de raisins secs, plus rustiques
TourtisseauxVendée, PoitouLanières de pâte fines frites et sucrées, aussi appelés "bottereaux" selon les communes
Beignets fourrésNord, AlsacePlus épais, proches du beignet classique, souvent fourrés à la confiture d'abricot ou de framboise

Recette des bugnes lyonnaises

Les bugnes sont la version la plus connue à l'échelle nationale. Légères quand elles sont bien réalisées, elles sont le symbole du Carnaval lyonnais et se retrouvent dans toutes les boulangeries de la région dès janvier.

IngrédientQuantité
Farine de blé300 g
Oeufs entiers3
Beurre mou80 g
Sucre en poudre70 g
Levure chimique1 sachet (10 g)
Zeste de citron non traité1 citron
Rhum brun ou eau de fleur d'oranger2 c. à soupe
Sel1 pincée
Huile de friture + sucre glaceQuantité suffisante
  1. Préparer la pâte. Dans un saladier, mélanger farine, sucre, levure, sel et zeste de citron. Ajouter les oeufs et le beurre mou coupé en dés. Travailler à la main jusqu'à obtenir une pâte homogène. Incorporer le rhum. Ne pas trop pétrir pour que la pâte reste souple.
  2. Laisser reposer au frais. Former une boule, filmer et laisser reposer 1 heure au réfrigérateur. Ce repos est indispensable : sans lui, la pâte est trop élastique et les bugnes rétrécissent à la friture.
  3. Étaler finement. Sur un plan fariné, étaler la pâte au rouleau sur une épaisseur de 2 à 3 mm. Plus elle est fine, plus les bugnes seront légères et croustillantes.
  4. Découper et former les noeuds. Couper des losanges ou des rectangles d'environ 8 × 4 cm. Faire une fente longitudinale au centre de chaque pièce et passer une des extrémités à travers la fente pour former le noeud caractéristique. Cette forme n'est pas que décorative : elle permet une friture plus uniforme.
  5. Frire à bonne température. Faire chauffer l'huile à 170-175 °C. Trop chaude, les bugnes brûlent à l'extérieur tout en restant crues au centre. Frire par petites fournées pour ne pas faire chuter la température, 1 à 2 minutes de chaque côté jusqu'à coloration dorée.
  6. Égoutter et sucrer. Poser sur du papier absorbant. Saupoudrer généreusement de sucre glace encore chaud. Les bugnes se dégustent de préférence le jour même, encore légèrement tiédes.

Les grands carnavals de France

CarnavalVilleCe qui le rend unique
Carnaval de Nice Nice (06) Le plus grand de France, plus d'un million de visiteurs. Chars géants thématiques, batailles de fleurs sur la Promenade des Anglais. Première mention en 1294. Le "roi Carnaval" est brûlé en effigie le dernier soir en mer.
Carnaval de Dunkerque Dunkerque (59) Étalé sur plusieurs week-ends entre janvier et mars, il est unique par son caractère populaire total. Le "jet de harengs" depuis le balcon de l'hôtel de ville réunit des dizaines de milliers de personnes. Profondément ancré dans l'identité locale des "Dunkerquois."
Carnaval de Limoux Limoux (11) Revendique le titre de "plus long carnaval du monde" : il dure de l'Épiphanie au Mercredi des Cendres, soit plusieurs semaines. Chaque week-end, les "bandes" (troupes masquées) défilent au son de la fanfare sous la pluie ou sous le soleil, avant de brûler un mannequin symbolique.
Carnaval de Granville Granville (50) Classé au patrimoine culturel immatériel. Inspiré des traditions des "Terre-Neuvas" (pêcheurs partant pour Terre-Neuve juste après le Carnaval). Costumes très élaborés, participation populaire massive sur quatre jours.
Carnaval de la Martinique Fort-de-France L'un des plus festifs de la zone Caraïbes. Se prolonge jusqu'au mercredi des Cendres inclus, avec le défilé du "Vaval" (le roi Carnaval) brûlé sur la plage la nuit.

Mardi Gras dans le monde

La Nouvelle-Orléans : le "Fat Tuesday" américain

La Nouvelle-Orléans (Louisiane) est la capitale mondiale du Mardi Gras en dehors de l'Europe. La tradition y a été apportée par les colons français et espagnols au XVIIIe siècle et n'a jamais cessé. Chaque année, des centaines de milliers de personnes envahissent le French Quarter pour les parades de krewe : des chars richement décorés défilent sur plusieurs kilomètres, leurs passagers jetant dans la foule perles de verre colorées, doublons et masques. Les couleurs officielles du Mardi Gras de la Nouvelle-Orléans sont le violet (justice), l'or (pouvoir) et le vert (foi).

La pâtisserie emblématique est le King Cake : un gâteau en forme de couronne, glacé aux trois couleurs officielles, dans lequel est caché une figurine miniature (un bébé en plastique dans la tradition moderne). Celui qui trouve la figurine doit offrir le prochain King Cake.

Rio de Janeiro : le plus grand du monde

Le Carnaval de Rio est entré dans les records comme le plus grand événement festif annuel de la planète. Il culmine dans les nuits des défilés des écoles de samba au Sambadrome, conçu par l'architecte Oscar Niemeyer en 1984. Chaque escola de samba prépare son défilé pendant une année entière : costumes à plumes et paillettes, chars allégoriques géants, chants composés spécialement, chorégraphies millimétrées. La compétition entre écoles est jugée par un jury officiel selon une grille de critères précis.

Mais le Carnaval de Rio existe aussi dans les rues avec les blocos : des fanfares ambulantes suivies de milliers de danseurs costumés dans les quartiers populaires, parfois plusieurs jours avant le Carnaval officiel.

Venise : le Carnaval des masques

Le Carnaval de Venise est le plus ancien et le plus raffiné. Attesté dès le XIe siècle, il atteignit son apogée au XVIIIe siècle quand la Sérénissime était la capitale du plaisir en Europe. Supprimé par Napoléon en 1797, il fut relancé en 1979 et attire aujourd'hui plusieurs centaines de milliers de visiteurs sur dix jours.

Sa marque distinctive : les masques traditionnels vénitiens (bauta, moretta, colombina, medico della peste) qui permettaient l'anonymat complet et l'égalité sociale temporaire. Le medico della peste (masque à long bec de médecin de la peste) est aujourd'hui le plus connu dans le monde ; ironie de l'histoire, il fut créé à Venise au XVIIe siècle pour protéger les médecins lors des épidémies, avant d'être récupéré par le Carnaval.

Bâle : le carnaval nocturne suisse

Le Carnaval de Bâle (Basler Fasnacht) est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO depuis 2017. Il commence le lundi après Mardi Gras (Bâle étant une ville protestante qui ne suit pas le calendrier catholique du Carême) et dure exactement 72 heures. À 4 h du matin le lundi, le "Morgestraich" : toutes les lumières de la ville s'éteignent d'un coup et des milliers de cortèges avec lanternes géantes illuminées défilent en silence dans les rues plongées dans le noir. Très différent du carnaval festif méditerranéen, très particulier à Bâle.

Les déguisements : une tradition scolaire vivace

En France, la tradition du déguisement pour Mardi Gras reste particulièrement vivante dans les écoles maternelles et primaires. Les enfants arrivent en classe costumés et des défilés de carnaval sont organisés dans la cour ou dans les rues environnantes. C'est souvent la première occasion de l'année de se déguiser, avant Halloween en octobre.

Les thèmes évoluent avec les années : pirates, princesses et super-héros classiques cohabitent avec des personnages de jeux vidéo, d'animés japonais ou de séries. La tradition du déguisement fait maison, bricolé avec du tissu, du carton et de la peinture, résiste toutefois face aux costumes industriels, notamment dans les familles qui y voient une occasion de créativité manuelle avec les enfants.